PEREGRINATIONS DE PAUL SPLINGAERD - LES NOMS DE LIEUX - ANECDOTES

Lorsque on lit les auteurs qui ont écrit au sujet de Paul Splingaerd, on constate des différences notables dans la graphie des différents noms de lieu qui sont cités. Effectivement, nos propos concernent évidemment le mandarin Paul Splingaerd, mais nous ne pouvons que présenter des éditoriaux résultants de nos différentes compilations issues des auteurs qui, à l'époque, ont laissé des faits concernant Paul. Ces auteurs sont connus et sont largement cités par Josef Spae dans son ouvrage. Ils sont Wittamer, Frochisse, Fivé, Otto, Von Richthofen, etc. Or, ces gens ont écrit et se sont exprimés en anglais, en néerlandais, en flamand moderne, en flamand ancien, en allemand et en français. Il s'ensuit que le nom donné aux villes, villages et provinces, sont écrits phonétiquement et diffèrent parfois notablement. Cela donne des difficultés à situer les évènements. C'est dommageable dans la mesure où Paul Splingaerd a voyagé et séjourné dans tout le nord de la Chine, pendant de nombreuses années, depuis la côte est jusqu'à l'extrémité du pays, côté ouest, sur des distances impensables, de l'ordre de plusieurs milliers de Km. Particulièrement avec le baron Von Richthofen, il a parcouru des distances et visité des sites qui ont fait de lui le belge omniprésent et incontournable, tel que le décrit (mal), l'écrivain Han Suyn dans un article sur lequel nous ne revenons pas ici. Il paraît tout à fait évident que c'est au contact du célèbre géologue que Paul Splingaerd est devenu ce que l'on sait. Avec lui, il apprit à maîtriser au moins élémentairement les différents dialectes chinois, en plus de l'allemand. Grâce aux deux cyclistes américains (voir plus loin), nous savons en outre qu'il parlait couramment anglais ("broken English"), ce que Spae ne nous avait pas dit. Le parlé mongol, turc et russe, c'est évidemment plus tard qu'il les acquit, lorqu'il était au Nord du Gansu. Von Richthofen, qui conduisit sept expéditions à travers la Chine, dira de lui -: " Il parle un mauvais dialecte français, l'allemand avec difficulté, le flamand également, mais un excellent chinois ! ". Il est à noter que s'il le parlait, il ne le lisait ni ne l'écrivait. Cette affirmation, qui nous vient de Dewit dans son article "Encre de Chine", n'est sans doute pas sûre à 100% car il ne faut pas négliger le fait que pour accéder au mandarinat sous l'Empire, il ne fallait pas uniquement connaître l'enseignement de Conficius et parler la langue officielle (le mandarin), mais ne fallait-il pas également savoir le lire? La question ne se pose pas pour les enfants de Paul Splingaerd dont la langue maternelle fut le chinois, sans doute mandarin mêlé de dialecte local, qui savaient lire et écrire, ce qui est dit au moins pour les deux filles aînées (1892) et suffisamment rarisime à l'époque pour les filles chinoises.
Ajoutons que le géologue et géographe le plus célèbre de son époque ne tarissait pas d'éloges au sujet de Paul Splingaerd. Avec des citations, cela nous sera bientôt démontré. Il en est de même d'autres auteurs et particulièrement Monseigneur Otto dont nous parlerons sur une autre page.

D’après une lettre de Paul datée du 10 janvier 1880, la mère de Catherine, dont on ne connaît malheureusement pas l’identité habitait encore la ville de Thai-gai (flamand). C’est pratiquement impossible de déterminer aujourd’hui de quelle municipalité il s’agit. Elle vivait encore en 1888, sans doute dans la région de Héoupa où serait née Catherine Li, dont le beau-père venait de la famille manchoue Tchao.

Lorsqu’il était ‘chef douanier’, après son accès au mandarinat (1881), il habitait un palais (yamen), ne faisait rien et avait la vie belle, bien que l’on soit au bout du monde. C’est là que sont nés ses « enfants Suzhou », soit Pauline en 1883, Lucie en 1885, John en 1888 et Thérèse en 1891. Mais J. Spae écrit cette ville comme étant Sou Tcheou (les américains disent Su-Chou ou Su-Chow), d’autres disent Soutchéou, province de Kansu, Kansuh ou Kan-Sou, mais on lit aujourd’hui Gansu. Dans le livre de J. Spae, cette municipalité est souvent nommée Suzhou. Paul parle à l'occasion de ses enfants "suzhou".
Présentée également comme étant Suchow, cette municipalité se nomme aujourd’hui Jiuquan.
Une autre municipalité appellée Suchow se situe non loin de Shanghaï, et non dans le Gansu. Il ne faut pas confondre.
Autre particularité, l’extrémité nord de la province en question se confond facilement avec celle de Mongolie intérieure (ou inférieure) ; c’est par abus de mots que l’on dit Mongolie-Kansu. Nous sommes en zone frontière. En réalité, la population est dans cette zone constituée de 'Han' vivants sur le mode mongol et par analogie, ainsi que par proximité, on dit simplement Mongolie d’autant que la capitale de la province se trouvait très au sud (LandchéouLan-chow-foo - Landshow, aujourd’hui Lanzhou), bien en-dessous de la Grande Muraille. Le Gansu est le pays du panda géant (dans les montagnes du sud). A l'époque de Splingaerd, il fallait compter 3 mois de voyage, voire 4 mois pour se retrouver à Shanghai en voyageant au moyen d'une caravane.

 

Quant aux Russes et autres trafiquants qui descendaient vers l’intérieur de la Chine, sous la Grande Muraille, ils venaient de la province de Xinjiang (tuskestan chinois) par l’ancienne Route de la Soie. Au-delà se trouve la Russie asiatique avec le Turkestan, aujourd’hui le Kasakstan ou Kasakhstan. Ils devaient traverser une partie du désert du Gobi. Voir la carte ci-après que l'on trouve dans le livre des cyclistes américains dont nous parlons plus loin. Su-Chow est ici bien identifiée. C'est là que Paul et Catherine sont restés quatorze ans.

carte chine sur chemin de Su-chow

Enfin, il reste Shansi ou Chansi ou Chan-si que l’on dit également Tchely (aujourd’hui Shanxi) où sont nés les premiers enfants. Cette province se trouve à mi-chemin entre le Gansu et la côte est. La capitale en est Tatung aujourd’hui. Kalgan proprement dit n’a pas été localisé sur des cartes modernes : c’est là qu’est née l’aînée de Catherine, Maria Dorothée en 1874. Aujourd'hui elle est Zhangjiahou, mais est située dans la province de Hebei. Kalgan, que l'on trouve sur les cartes anciennes comme celle dressée par les missionnaires est le nom donné par les négociants russes venus de Sibérie.

Quant aux localités Koei-Hoa-Tcheng (Kuei-hoa-ch'eng) ou Tai-Hai-Kong-Hou-le où sont nés les autres aînés, elles sont difficiles à localiser. On sait seulement que c'est dans le Chansi, soit Shanxi d'après les indications de J. Spae, mais c'est démenti par la famille qui confirme que les enfants seraient nés là où travaillait, à l'époque, Paul, soit à Guihuacheng, la capitale de la Mongolie Intérieure, aujourd'hui Huhehote. Koei-Hoa-Tcheng est simplement une façon d'écrire phonétiquement Guihuacheng.

kalgan

Sur la carte dressée par les missionnaires, on peut voir Kalgan. Plus haut, on distingue Siwandze ou Si-wan-tsé où Paul a fait ses premières armes avec les missionnaires. Paul et Catherine se sont mariés dans l'église de Eul She San hao le 28 janvier 1973. Cette localité se trouve un peu à l'ouest de Kalgan, en dessous de la Grande Muraille.

LES NOMS DU MANDARIN SPLINGAERD

En ce qui concerne son nom, il est né Paul Splingard d'une mère qui était née Splingart. Mais il est retenu par l'Histoire comme Paul Splingaerd. On sait que pour son passeport, il lui est trouvé un nom chinois: c'est LIN FUCHEN. Mais il se fait que ce nom n'a pas été beaucoup utilisé par les Européens mais bien beaucoup par les Chinois dans leurs écrits. Lors des reportages et autres interviews organisés à l'occasion du 100 ème anniversaire du pont de Lanzhou, le terme Lin Fuchen est toujours employé de nos jours. La façon dont les gens prononcent peu varier également. La traduction d'un document chinois au niveau de la légation de Belgique donne Lin-Fu-Ch'eng

Paul, à la première époque, ne partit pour la Chine qu'en qualité de domestique et déclaré comme "frère". Pour son passeport, il s'agissant de lui trouver un nom chinois et on lui proposa celui de LI. Paul refusa et proposa de prendre une partie de son propre nom, ce qui est compréhensible si l'on prononce à l'anglaise son nom SpLINgard. Ainsi, Paul se décida pour LIN. En français, littéralement, cet idéogramme est 'forêt'.

Quand au prénom, son choix peut venir de plusieurs explications, il sera FUCHEN.

林辅臣

Les scheutistes d'abord qui l'ont longtemps considéré comme "frère" (broeder), au sens religieux. Ils disaient donc souvent "frère Paul" . Ils ont cru longtemps que Paul allait entrer comme frère religieux chez les scheutistes. Mais ils ont dit encore plus souvent "Vir bonus", "een goed man", "le bon Paul", "notre bon Paul", comme ils disaient "la bonne Catherine" en parlant de sa femme. Il était tellement bon qu'il s'y ruinait, accueillant à sa table, outre ses 12 enfants, encore d'autres enfants de manière telle qu'ils pouvaient se retrouver à une vingtaine à table. Catherine avait fort à faire. On considérait qu'il était bon, jovial, serviable, ardent au travail et ce, tout au long de sa vie. Son rapport était agréable et c'est sans doute une partie de son succès avec un don des langues inespéré. Lorsqu'il était en Mongolie, il était appelé LIN TAFU, sans doute un peu familièrement, mais d'après Fivé, en 1898, il était également appelé LING.

Et effectivement, c'est ce que nous apprennent deux cyclistes américains qui ont fait un périple pas possible au travers de la Chine. On le nommait LING DARIN, lorsqu'il était au Gansu, ce que ne nous dit pas J. Spae, vu que le principal des archives consultées furent celles des scheutistes et qu'à l'époque (environ 14 ans) où il fut officier des douanes, ses rapports avec les religieux furent moindre.

L'APPARENCE DE PAUL SPLINGAERD

Son livret de domestique nous révèle qu'il mesurait 1.57m, ce qui en fait un petit homme. Malheureusement, J. Spae nous dit dans sa biographie, page 15 que Paul est présenté comme étant un homme de 1.75m, ce qui est contradictoire mais cela doit être une coquille car le livret est figuré sous forme de photographie et ne prête pas à discussion. A l'époque où Paul circulait en Chine, sa taille n'était pas supérieure à celle des "Han" autochtones, dans ce cas, sauf si la coquille se trouve sur le document officiel. Mais la plupart des voyageurs le décrive comme étant un homme petit de taille.

Ce n'est pas le seul élément. La couleur de ses cheveux semble avoir joué un rôle non négligeable. D'après le carnet en question cité par le Père Josef Spae dans son ouvrage sur la vie du mandarin belge, il est classé comme 'brun'. Retenons que les descriptifs sont souvent sommaires, comme à l'armée. Vous êtes classé comme noir, blond, brun ou roux. Les nuances ne sont pas précisées. Paul 'Splingart' était classé comme 'brun'. Ajoutons qu'il est déclaré ayant les yeux bleus. D'après Paul Pourbaix, arrière-petit-fils de Paul Splingaerd, le choix du prénom n'est pas du au hasard. Fuchen voudrait dire "aux cheveux de feu ou apparenté". Nous ne possédons que des photographies en noir et blanc et pas de portrait en couleur du mandarin sauf.....

A une certaine époque que je me trouvais avec Paul Pourbaix en son hôtel de maître, rue Molière à Bruxelles, il fut fier de me montrer les deux tapisseries qu'il avait acquises à Londres et qui étaient sensées représenter Paul Splingaerd en costure traditionnel de mandarin et Catherine Li. Elles étaient fort grandes, plus de 2 mètres de haut si mes souvenirs sont bons. C'est une des seules représentations en couleur qui subsistent (il y en a d'autres). Je lui fit remarquer que les cheveux du mandarin étaient plutôt de couleur roussâtre. Il me répondit en tirant sur les siens:"C'est comme moi! D'ailleurs, Fuchen pour quoi?". Il y avait effectivement des reflets rouges dans sa coiffure. On ne peut penser que Paul Splingaerd était roux à proprement parler, mais la couleur de sa chevelure vira au châtain et présentait sans doute des reflets rouges ou des mêches rouges, ce qui était mis en évidence par les artistes. Il semble malgré tout que cette explicationn soit un peu fantaisiste dans le sens où les idéogrammes chinois représentants 'Fuchen' ne correspondent pas à cette explication. Ce terme signifierait plutôt "au service de".

Voici comment les cyclistes américains décrivent Paul Splingaerd lorsqu'ils le rencontre lors de leur périple:"This strange individual, although clad in the regular madarin garb, was light-complexioned, and had an auburn instead of a black queue dangling from his shaven head". Nous étions en 1892.
Si la plus grande partie des moments de la vie de Paul Splingaerd nous fut révélée par Josef Spae, Cicm, Ph D. dans son livre écrit en néerlandais "Mandarijn Paul Splingaerd" in Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer, classe des Sciences Morales et politiques, mémoires in-8°, Nouvelle Série. Tome 49, fasc. 1, Bruxelles 1986, on ne saurait passer sous silence le livre "Across Asia on a Bicycle - The Journey of two American students from Contantinople to Peking" de Thomas Gaskell Allen, jr. and William Lewis Sachtleben, with additional notes by Michael W. Perry, editor. L'un et l'autre livre cités sont facilement repérés sur Internet et il est possible de se les procurer, le premier cité valant dix fois la valeur du second qui est plus récent.

 

LES CYCLISTES AMERICAINS

Ces derniers, précités, au sortir de l'université, avaient décidés de refaire la route inverse de Marco Polo en bicyclette. Au sortir du désert du Gobi, depuis Harumsi donc venant de l'est, ils connaisaient l'existence d'un personnage vénéré de Suchow du nom de Ling Darin. Celui-ci les attendait avec des chevaux richement harnachés pour les aider à franchir la rivière Edzina. Il les apostrophe en anglais, les aide dans la bonne humeur. Ils lui demandent s'il est bien le Ling Darin. Il répond: "Yes, that is what I am called here, but my real name is Splingard". Il leur explique qu'après avoir circulé quelques années au travers la Chine avec le baron Von Richthofen, le gouvernement lui a procuré ce poste d'officier des douanes à Su-chou. Il est chargé de prélever les taxes pour les marchandises russes traversant la province. Ils cheminent vers la ville où ils sont accueillis par la foule et par des coups de canon. Une armée de serviteurs les attendent à l'entrée de son palais. Catherine Li les reçoit à l'occidentale, présente deux de ses filles qui savent lire et écrire le chinois, mais ne mangent pas à la même table. Ils sont ensuite reçus par les magistrats de la ville pendant que la foule les acclament....... Récit simple et fascinant. A lire. Je n'en dis pas plus car les textes sont protégés par les droits d'auteur. Voir sur Internet avec les mot-clé: 'Ling Darin' (prendre un moteur américain).

Quant à Darin, ce pourrait être une abréviation phonétique de mandarin. Il y a encore une autre possibilité dans la mesure où seuls, les cyclistes américains évoque cette appelation. Ils auraient mal compris le prédicat auquel le mandarin avait droit, c'est à dire "Votre Excellence", qui se dit Ta-ren ou Da-ren (rin). Voir à ce sujet la plaque d'identification qui se trouve dans la section "Documents & Objets". On lit également Lin-Ta-Jen.


LES AUTRES NOMS

En fait, Paul Splingaerd est également connus par d'autres appellations souvent issues des terminologies chinoises et de leurs habitudes. Ainsi on trouve "Lin Balu" and "Lin Bao Luo". Mais il y a également la translitération phonétique de Splingaerd qui devient 斯普林格尔德 et que l'on retrouve sur le socle de sa statue à Jiuquan.

On trouvera beaucoup de référence sur Paul dans la littérature européenne avec 'Splingaert'. Mais pour la littérature chinois traduite on trouve Springraed, Splingerdel et Spelingeret (voir page 152 du livre de Anne Splingaerd "The Belgian Mandarin").

 

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Christian Goens - La Louvière - Belgique - février 2007 - last: 06-Jui-2017